PORT-AU-PRINCE, 12 Mai – Devant la levée de boucliers pour débarrasser les rues du centre-ville (Port-au-Prince, Pétionville, Tabarre, Delmas, Cap-Haïtien etc) des foules de petits marchands qui les occupent, il n'est pas de trop de faire un peu l'histoire de cette migration devenue aujourd'hui si embarrassante et que les maires élus essaient de limiter autant que possible. Avec le consentement de leurs administrés.
Ce ne sont pas des miséreux qui ont décidé d'un seul coup par eux-mêmes de descendre sur la ville et d'en prendre possession. A la barbe des natifs.
Cette migration a une histoire et qui ne se limite pas seulement à la crise économique actuelle.
Exception faite des taxi-motos dont les conducteurs, pour la plupart des jeunes gens de la campagne proche, nous font tant de misères autant par leur insouciance vis à vis des règlements (s'il en existe !) de la circulation que par leur grossièreté.
Qui ne connaît ce titre qui a fait fortune dans les années 1960 : 'les villes tentaculaires et les campagnes délaissées.'
C'est tout à fait ce que nous vivons : le pays a tourné le dos à sa production agricole ; abandonné à lui-même, à la maladie et à l'analphabétisme, le paysan n'a d'autre alternative que tenter sa chance dans la ville la plus proche : notamment Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Gonaïves.
D'ailleurs ce n'est qu'un 'stop-over' (un lieu de transit) avant de partir 'pour le Chili' (expression utilisée aujourd'hui pour dire migration illégale, tout comme on disait jadis 'pran kanntè' quand le voyage se faisait par voilier en direction de Miami ou des Bahamas) - mais depuis le séisme de janvier 2010 et que le Brésil a accepté de recevoir nos réfugiés - les Haïtiens ont commencé à arpenter aussi le continent sud-américain : après le Brésil, c'est aujourd'hui le Chili, le Mexique etc.
PORT-AU-PRINCE, 16 Mai – L'un des points positifs marqués par la justice haïtienne, ces dernières années, c'est la législation punissant le viol et l'application qu'elle trouve, de plus en plus, aussi bien devant les tribunaux qu'au niveau des institutions policières et d'incarcération.
C'est chaque semaine que dans le bilan des dernières opérations policières, tel que rapporté par les porte-parole de l'institution, le mot viol figure à la même place que ceux de vol et d'assassinat.
Il était temps car on ne saurait deviner combien c'était embarrassant quand un compatriote haïtien fut accusé de ce crime à l'extérieur (comme, par exemple à Miami, Floride) alors qu'un tel acte donnait l'impression d'être toléré chez nous.
Presque toujours, cela a eu lieu au foyer même où cohabitent l'accusé et sa victime. Et celle-ci peut être un enfant. Et plus souvent qu'on ne croit, un bébé.
Parce que celui-ci ne peut rien rapporter. Mais l'enfant pleure. On le conduit à l'hôpital. Et c'est le médecin qui dévoile l'affreuse vérité.
Mais, tenez-vous bien, ce n'est pas seulement le désir sexuel qui motive le coupable. Non, mais la superstition.
Violer un bébé (et dans sa propre famille) est un sacrifice à commettre pour trouver un emploi ou autre.
Bref, l'Etat sauvage !
On le sait parce que dans ces pays-là, il y a de bons psychiatres, capables de convaincre le violeur de révéler toute la vérité.
Mais cela fait un choc quand l'information paraît dans la presse.
PORT-AU-PRINCE, 1er Juin – Il ne faudrait pas qu'on donne au gouvernement haïtien trop de responsabilité dans l'affaire TPS.
Pour la bonne raison que à cause de ses obligations vis à vis de l'autre pays, il ne peut trop faire.
Qu'on se souvienne du dossier de dénationalisation des Dominicains d'ascendance haïtienne qu'une disposition de la Cour suprême de Santo Domingo est venue priver de leur nationalité acquise par la naissance dans ce pays.
Les autorités dominicaines ont su nager habilement pour écarter les institutions internationales (dont la Cour interaméricaine des Droits Humains – CIDH, la Caricom ou communauté des Etats de la Caraïbe etc) pour se retrouver avec pour vis à vis uniquement le gouvernement haïtien.
Et nous avons perdu. Pardon, les Dominicains-Haïtiens ont pratiquement perdu la bataille.
Nombre d'entre eux font partie des dizaines de milliers d'expulsés et de rapatriés qui ont depuis traversé la frontière.
Ce mercredi (31 mai), le ministre de la sécurité intérieure des Etats-Unis, et à ce tire responsable en chef de l'immigration, John Kelly, a rendu visite au président Jovenel Moïse au palais national, qui l'a reçu en compagnie du premier ministre Jack Guy Lafontant et d'autres autorités gouvernementales.
En gros, la rencontre s'est terminée en queue de poisson. Au sens que rien n'a changé sur le fond. Le ministre américain a promis de continuer à réfléchir mais sans garantir ce que souhaitait l'Etat haïtien lui aussi : une prolongation du TPS pour 18 mois et non pour seulement 6 mois comme l'a décidé la semaine dernière le ministre Kelly.
Comme vous savez, le mot TPS désigne un statut de résidence temporaire que l'ex-président Barack Obama avait bien voulu accorder aux Haïtiens qui se sont réfugiés aux Etats-Unis au lendemain du séisme de janvier 2010 qui a ravagé la capitale haïtienne, faisant plus de 250.000 morts.
Ils sont près de 60.000 compatriotes à vivre depuis 7 ans aux Etats-Unis sous la protection de ce statut spécial mais temporaire qui leur permet de travailler, d'envoyer leurs enfants à l'école et même de visiter le reste de la famille de temps en temps en Haïti, comme s'ils avaient la résidence légale, communément appelée la carte verte ('green card'). Mais voilà, le TPS est une disposition temporaire. La seule façon de continuer à en bénéficier c'est si elle est renouvelée. Comme l'administration Obama l'a fait depuis tous les 18 mois.
Mais voilà, c'est un nouveau président qui occupe la Maison Blanche, Mr Donald Trump. Et il a des sentiments différents vis-à-vis de ce dossier.
La semaine dernière, son ministre de l'intérieur, John Kelly, a décidé une prolongation du TPS pour seulement 6 mois. En précisant que ces 6 mois c'est pour donner le temps aux personnes en question pour préparer leur dossier afin de retourner en Haïti.
Lire la suite : TPS : la lutte doit être menée aux Etats-Unis et non en Haïti
PORT-AU-PRINCE, 14 Juin – On dirait qu'il a fallu se rendre à l'évidence pour que nos élus commencent à réaliser ce que c'est que le budget rectificatif.
A les entendre en parler, disserter longuement, il y a encore quelques semaines, c'est comme si le pays allait découvrir soudain une importante mine d'or ou un gisement de pétrole dans notre sous-sol.
Le président Jovenel Moïse, jamais à court d'une promesse, concluait toujours en promettant immanquablement d'inclure tel nouveau dossier en question ... dans le budget rectificatif.
Les députés de la 50e législature ne le lui cèdent en rien.
Le budget rectificatif c'est une panacée pour faire disparaitre en un clin d'œil tous les problèmes du pays.
Mais la réalité est toute autre.
Le gouvernement a déposé son projet au parlement. C'est au contraire une invitation au pays à se serrer davantage encore la ceinture.
En effet de 122 milliards de gourdes l'année dernière, le budget est réduit à 118 milliards.
Autrement dit beaucoup de ressources sur lesquelles pouvait compter le président Jovenel Moïse et son équipe, ne sont pas au rendez-vous.
A commencer par l'assistance internationale. Le président américain Donald Trump a coupé de près du quart le budget de l'aide américaine.
C'est un coup mortel pour un pays dont le budget de fonctionnement reposait il n'y a pas si longtemps à 80 pour cent sur l'assistance externe.
Par exemple, les députés et les maires digèrent mal que l'apport de l'Etat aux municipalités soit réduit de 70% par rapport à l'année précédente. Passant donc de 10 millions (de gourdes) à quelque 3 millions.
Alors que le projet de budget se trouve en discussion à la chambre basse (les deux chambres votent séparément le budget), ce n'est que protestations.
Faire rêver l'électorat ...
Alors que les fonds sont largement insuffisants, on ne fait que rajouter sur leurs affectations. C'est que chaque élu, du président de la république au dernier des Asec-Casec (élus de sections communales), l'a été sur la base des promesses les plus mirobolantes agitées aux oreilles de la population.
Normal. La réalité est si brutale que la seule politique qui reste c'est celle de faire rêver l'électorat. Le bon peuple. Peuple-enfant !
PORT-AU-PRINCE, 28 Juin – Récemment quelqu'un opinait qu'il y a 4 pouvoirs : l'exécutif, le législatif, le judiciaire et ... les droits humains.
On aurait en effet cette impression vu que les organisations de défense des droits humains opinent, jugent et condamnent à longueur de journée les actes commis par l'un ou l'autre de ces pouvoirs (précisons) constitutionnels.
Quand un président de la république ou un autre membre du pouvoir commet un impair, il se fait sanctionner par les organisations des droits humains.
Quand le sénat vote une loi contre la diffamation (comme c'est arrivé récemment) qui viole le principe constitutionnel de la liberté d'expression, les droits humains sont appelés à la rescousse.
Quand la justice remet en liberté des accusés reconnus coupables avant qu'ils aient purgé leur peine, vite les droits humains.
Les droits humains ont donc une lourde tâche et surtout dans une société comme la nôtre où ces dérives-là sont très courantes.
Cependant la démocratie oblige que les droits humains eux aussi s'accordent avec le régime des libertés dans telle société et à tel moment de la durée.
On ne peut pas interpréter les droits humains comme parole d'Evangile, c'est-à-dire s'imposant aux hommes en tout temps et en tout lieu.
Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le gouvernement américain a pris des dispositions qui changent passablement le déplacement des citoyens américains dans leur pays même.
Les fouilles corporelles minutieuses dans les aéroports n'existaient pas auparavant.
Ou encore en France où la police aujourd'hui peut se présenter à n'importe quel moment chez vous pour opérer des fouilles sans que vous puissiez évoquer la liberté individuelle, la France qui se dit la patrie des droits de l'homme.
Mais devenu aussi aujourd'hui l'un des pays les plus exposés à la menace terroriste islamiste.
En Grande Bretagne, le pays de l'habeas corpus, où les policiers ne portent jamais d'arme, voici que le gouvernement déploie l'armée dans les rues de Londres.
Cela après trois attentats qui ont fait de nombreux morts.
Lire la suite : HAITI : Droits humains dans une société bloquée !