MIAMI, 30 Juin – Aux Etats-Unis, la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays, a pris la décision autorisant l’administration Trump à enlever le TPS (statut de résidence temporaire) à quelque 350 mille Haïtiens et 6 mille réfugiés syriens.
Nous avons déjà parlé bien entendu des réactions dans la communauté haïtienne mais quelle est la réponse chez les Syriens ? Ainsi que d’autres nationalités frappées par la même mesure ?
Voici quelques précisions recueillies au hasard sur l’internet : ‘La mesure concerne précisément 350 000 Haïtiens et 6 000 Syriens, soit 356 000 personnes au total, actuellement protégées contre l’expulsion’, selon les médias français.
“Le TPS permet aux ressortissants de pays touchés par des conflits armés, catastrophes naturelles ou crises majeures de vivre et travailler légalement aux États-Unis.
Il avait notamment été accordé : aux Haïtiens après le séisme de 2010 et aux Syriens à partir de 2012 en raison de la guerre civile.
La Cour suprême estime que la justice fédérale n’est pas habilitée à contrôler les décisions de l’exécutif sur ce statut, ouvrant ainsi la voie à sa révocation sans supervision judiciaire, selon les médias américains.
L’administration Trump, de son côté, estime que le TPS devait rester une protection temporaire et non un statut permanent, selon les arguments juridiques présentés devant la Cour.
Cependant, lisons-nous, cette orientation pourrait affecter jusqu’à 1,3 million de personnes issues de 17 pays bénéficiant actuellement du TPS, lit-on dans les médias français, canadiens et autres.
Poursuivant : ‘Les conséquences à long terme dépendront également de nouvelles décisions administratives et d’éventuels recours politiques ou judiciaires, bien que la Cour suprême ait limité le champ du contrôle des tribunaux sur ces décisions.’
L’article suivant concerne l’impact de la décision américaine sur d’autres pays et d’abord les pays voisins, dont le Canada.
Voici ce qui se lit : ‘Frontière canado-américaine et Hausse attendue des demandeurs d’asile haïtiens et syriens’ …
“Ces dernières années, le Canada a durci ses règles, ce qui a rendu de plus en plus difficile pour les demandeurs d’asile de déposer une demande, en particulier pour ceux venant des États-Unis.
“Le Canada doit s’attendre à une hausse des demandeurs d’asile haïtiens et syriens à partir de la frontière avec les États-Unis, selon des groupes qui viennent en aide aux demandeurs d’asile.
‘Certains seront autorisés à déposer une demande d’asile, car ils ont de la famille proche au Canada, mais d’autres seront probablement remis aux autorités américaines, où ils risquent d’être placés en détention, puis proprement expulsés …’. lit-on.
Plus loin, on explique : “Ces dernières années, le Canada a durci ses règles, ce qui a rendu de plus en plus difficile pour les demandeurs d’asile de déposer une demande, en particulier pour ceux venant des États-Unis.
“En vertu de l’accord actuel entre le Canada et les États-Unis sur les pays tiers, les demandeurs d’asile doivent demander le statut de réfugié dans le premier des deux pays où ils arrivent, ce qui signifie qu’une personne se trouvant aux États-Unis ne peut pas entrer au Canada pour demander le statut de réfugié.
“En 2023, les deux gouvernements ont conclu un accord visant à combler une faille qui permettait aux personnes entrées au Canada en dehors des points d’entrée officiels de déposer une demande d’asile.
“Il ne reste que quelques exceptions permettant aux personnes venant des États-Unis de déposer une demande d’asile, notamment pour les mineurs non accompagnés ou ceux ayant de la famille proche au Canada.’
Cependant pour Frantz André, porte-parole du Comité d’action des personnes sans statut (CAPSS), à Montréal : cela n’arrêtera probablement pas les gens de tenter leur chance : « Ils disent : Je préfère mourir n’importe où plutôt que de retourner en Haïti”, a-t-il rapporté.
“Une avocate d’Amnistie internationale Canada affirme que cette décision de justice illustre une fois de plus pourquoi les États-Unis ne devraient pas être considérés comme un pays sûr pour les demandeurs d’asile.
“Julia Sande estime que le Canada devrait se retirer de l’Entente sur les tiers pays sûrs afin de permettre aux personnes de demander l’asile dans des conditions plus sûres et ordonnées.
“Elle affirme que les États-Unis mènent depuis quelques années ce qui s’apparente à une « campagne massive d’expulsion et de détention », ce qui devrait inciter le Canada à revoir sa position quant au statut des États-Unis en tant que ‘pays sûr’.
Cependant “Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a indiqué dans un communiqué que l’Entente sur les tiers pays sûrs continuait de s’appliquer. ‘
Pour Krish O'Mara Vignarajah, président et chef de la direction de Global Refuge, “« C’est un jour profondément douloureux pour des centaines de milliers de familles qui ont bâti leur vie ici en toute légalité, payé leurs impôts, pris soin de leurs communautés et qui risquent maintenant de tout perdre ».
« Il est important de noter que la Cour suprême n'a pas conclu que Haïti ou la Syrie étaient des pays sûrs. Elle a estimé que la question échappait à son contrôle judiciaire. Mais notre préoccupation immédiate concerne le sort de ces familles et de ces enfants s'ils étaient contraints de retourner dans les conditions désastreuses qui ont longtemps empêché leur retour en toute sécurité. Toutefois, la question plus générale est de savoir s'il existe encore un véritable contrôle lorsque des décisions de cette ampleur sont prises sans un compte rendu honnête de la situation sur le terrain. »
Plus loin on précise encore : “cette mesure menace la protection de plus d'un million de personnes originaires de dix-sept pays qui, jusqu'à récemment, bénéficiaient du statut de protection temporaire (TPS). Les bénéficiaires du TPS vivent, travaillent et contribuent à la vie communautaire aux États-Unis depuis des années, voire des décennies.
Puis encore : « Nous sommes profondément troublés par la portée de cette décision, qui s’étend au-delà d’Haïti et de la Syrie à toutes les désignations de TPS », a poursuivi Vignarajah. La Cour suprême a, en substance, donné carte blanche à l'administration pour révoquer les protections accordées à plus d'un million de personnes qui ont respecté toutes les règles, sans obligation de justifier la décision et sans tribunal habilité à la remettre en question. Rappelant encore : “L'affirmation de l'administration selon laquelle les titulaires du TPS peuvent retourner en toute sécurité dans leur pays d'origine est contredite par les propres évaluations du gouvernement federal américain. Le département d'État américain déconseille actuellement aux citoyens américains de se rendre en Haïti ou en Syrie en raison de la violence extrême, de l'instabilité et de l'accès limité aux services de base. Haïti continue de subir un effondrement politique, une violence généralisée liée aux gangs, des enlèvements et la dégradation de ses infrastructures essentielles, notamment l'accès à la nourriture, au logement, à l'eau et aux soins de santé.
Tandis que la situation humanitaire en Syrie demeure critique après 14 années de conflit qui ont dévasté les infrastructures et provoqué un effondrement économique. Environ 15.6 millions de personnes ont toujours besoin d'une aide vitale dans le pays.’
Cependant les Etats-Unis ne sont pas seuls en cause dans ce dossier, on lit aussi : “Après la chute de Bachar al-Assad et l’arrivée au pouvoir de rebelles en Syrie, plusieurs pays européens dont l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, ont annoncé un gel des procédures de demandes d’asile. Plusieurs partis politiques ont également ouvert la voie au retour des réfugiés syriens dans le pays. Un débat qui soulève des questions politiques et juridiques.
“L’Autriche, le Danemark, la Suède, la Norvège et l’Italie ont emboîté le pas à l’Allemagne, en annonçant également interrompre l’examen des dossiers de réfugiés syriens. En France, la question a également été soulevée le lundi 9 décembre 2025 : « Afin de mettre un frein à l’avalanche d’appels sur les demandes d’asile de Syriens, nous travaillons sur une suspension des dossiers d’asile en cours », a fait savoir le ministère français de l’Intérieur, indiquant qu’une décision serait prise …”.
On lit également : “D’un point de vue juridique, est-il possible de retirer le statut de réfugié à quelqu’un qui a déjà obtenu la protection d’un pays ? La convention de Genève prévoit en effet une « clause de cessation », qui peut notamment s’appliquer « lorsque les circonstances qui ont conduit à l’octroi de la protection ont cessé d’exister ».
Concrètement, le texte précise ainsi qu’un statut de réfugié peut être retiré « lorsqu’il est intervenu un changement fondamental dans le régime politique du pays d’origine, et notamment lorsque ce changement aboutit à la démocratisation du pays ».
Enfin réactions des organisations et défenseurs des droits
- Condamnation humanitaire : Des ONG comme Global Refuge ont fermement dénoncé cette décision, qualifiant l'arrêt de la Cour supreme des Etats-Unis de revers dévastateur. Elles alertent sur le danger que représente un retour forcé en Syrie, un pays dont les infrastructures sont détruites et où la sécurité reste précaire malgré les changements politiques récents.
- Inquiétude économique : Les associations de défense des immigrés soulignent le rôle vital joué par les travailleurs syriens et haïtiens aux États-Unis, mettant en garde contre l'impact économique et social de l'annulation de leurs permis de travail.
Prochaines étapes et recours :
- Appel au Congrès : Face à cette décision de la plus haute juridiction américaine, les avocats et les défenseurs des droits des immigrés exhortent le Sénat américain et la Chambre des représentants à trouver une solution législative permanente pour protéger les détenteurs actuels de TPS.
- Consultation juridique : Les personnes concernées sont vivement encouragées à se rapprocher d'un avocat en droit de l'immigration pour explorer d'autres voies légales potentielles (comme les demandes d'asile ou d'autres visas) afin de régulariser ou prolonger leur séjour.
Marcus Garcia, Haïti en Marche, 30 Juin 2026
TPS : Les Haïtiens ont aussi des amis …
MIAMI, 29 Juin – C’est le gouverneur républicain de l’Ohio demandant au président Trump de ‘reconsidérer la fin du TPS (statut de résidence temporaire) pour les Haïtiens’ (inf. RHINews).
« Le gouverneur républicain de l’Ohio, Mike DeWine, a exhorté dimanche (28 juin 2026) le président Donald Trump à reconsidérer sa décision de mettre fin au Statut de protection temporaire (TPS) accordé aux ressortissants haïtiens, cela quelques jours après que la Cour suprême des États-Unis a autorisé l’administration à supprimer cette protection.
“Interrogé sur une chaîne de télévision américaine, le gouverneur a reconnu que la plus haute juridiction du pays (la Cour suprême) avait confirmé la légalité de la décision fédérale, tout en estimant qu’elle ne constituait pas, selon lui, « la bonne décision ».
« Je pense que c’est une erreur. Je demanderais au président de reconsidérer cette décision », a déclaré Mike DeWine.
“Le gouverneur a souligné que les conditions de sécurité en Haïti demeurent extrêmement préoccupantes et qu’il serait dangereux d’y renvoyer des personnes bénéficiant jusqu’à présent du TPS.
« Je ne pense pas qu’il soit sûr, à l’heure actuelle, de renvoyer des gens en Haïti », a-t-il affirmé, évoquant l’instabilité persistante et la violence qui frappent le pays.
“Le gouverneur DeWine a également insisté sur la contribution économique des Haïtiens installés dans son État (Ohio). Selon lui, plusieurs milliers d’entre eux occupent des emplois essentiels, notamment dans les secteurs de la santé, de l’industrie manufacturière et d’autres activités confrontées à une pénurie de main-d’œuvre.
« Ces personnes travaillent dur. Elles occupent des emplois dont nous avons besoin. Elles contribuent à notre économie », a-t-il déclaré.
C’est en même temps que sort une pétition en date du 18 juin 2026 et signée d’une quinzaine de sénateurs majoritairement démocrates et indépendants dont Elizabeth Warren (Massachusetts) et Cory Booker (New Jersey) pour ‘protéger les bénéficiaires haïtiens du TPS’ …
Adressée au sénateur Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat, la pétition demande de préserver le statut TPS pour « plus de 300 000 ressortissants haïtiens leur permettant de vivre et de travailler aux Etats-Unis. »
Pour le sénateur Edward Markey (Massachusetts) c’est « parce que les conditions en Haïti sont invivables que plus d’1 million et demi de citoyens haïtiens ont dû se déplacer …
Le TPS est donc « un devoir moral ainsi que la reconnaissance de l’immense contribution des bénéficiaires haïtiens à notre communauté … ».
« Je suis heureux d’être aux côtés du sénateur Blunt Rochester et de mes partenaires du Congrès dans le combat pour protéger les bénéficiaires haïtiens du TPS. »
Cependant que l’administration Trump elle-même n’est pas entièrement sourde à ces considérations. Lors d’une interview au journaliste Jake Tapper sur CNN dimanche “le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, a défendu la décision du président de mettre fin au statut de protection temporaire (TPS) accordé à des centaines de milliers de ressortissants haïtiens et syriens, affirmant que ce programme « n’a jamais été conçu pour être permanent » mais en ajoutant que les bénéficiaires disposent de plusieurs options, dont la demande d’un autre statut migratoire ou le retour volontaire dans leur pays d’origine.”
Le secrétaire d’Etat à la sécurité a tenu de toute évidence à éviter tout radicalisme lorsqu’il poursuit : « « Le statut de protection temporaire n’a jamais été destiné à être permanent. Beaucoup de personnes sont arrivées il y a quinze ou vingt ans sous le TPS et ont déjà changé de statut. Pendant toute la durée où elles étaient sous le programme TPS, elles pouvaient demander un visa, demander la résidence permanente ou emprunter d’autres voies d’immigration », a-t-il déclaré lors de cette interview sur CNN. (Informations reprises par RHINews, dimanche 28 juin 2026).
Mais qu’arrivera-t-il maintenant aux bénéficiaires du TPS une fois que le programme aurait été officiellement suspendu par la Maison Blanche …
Normalement tous les documents officiels détenus par ces derniers sont annulés en même temps.
Plus d’autorisation de travail, plus de permis de conduire etc.
Par conséquent le dernier mot reste au président Trump lui-même. De plus jusqu’à présent ses principaux conseillers en la matière, dont le plus important Stephen Miller, n’ont manifesté aucune sympathie à cet égard.
Est-ce que la politique anti-immigration est destinée à alimenter la machine de propagande MAGA pour les élections de mi-mandat en novembre prochain ?
L’immigrant haïtien jouant donc un rôle éternel, si l’on peut dire, de ‘chair à canon’ pour Mr. Trump ce depuis le début de sa campagne électorale avec l’accusation en 2024 ( ???) contre les haïtiens de l’Ohio de manger les chats et chiens du voisinage … sauf que c’est avec le gouverneur même de l’Ohio, Mike Dewine, que nous avons ouvert cet article et qui dégage les apports du même immigrant dans le même Etat de l’Ohio.
La balle est donc définitivement dans le camp du président Donald Trump.
Marcus Garcia, Haïti en Marche, 29 Juin 2026