PORT-AU-PRINCE, 24 Juillet - Quelles sont les conditions pour être élu Président d'Haïti? Plus que élémentaires! Il faut, dit l'Article 135 de la Constitution: ‘a) Etre Haïtien d'Origine et n'avoir jamais renoncé à sa Nationalité; b) Etre âgé de trente-cinq (35) ans accomplis au jour des élections; c) Jouir de ses Droits Civils et Politiques et n'avoir jamais été condamné à une peine afflictive et infamante pour crime de droit commun; d) Etre propriétaire en Haïti d'un immeuble au moins et avoir dans le pays une résidence habituelle; e) Résider dans le Pays depuis cinq (5) années consécutives au moins avant la date des élections; f) Avoir reçu décharge de sa gestion si on a été comptable des deniers publics.'
C'est tout!
A ce compte-là, tous les Haïtiens ou presque peuvent être candidats à la présidence s'ils le veulent. Et cette fois-ci il semble qu'on n'ait nullement l'intention de s'en priver.
En effet la Constitution en vigueur, comme vous avez entendu, n'impose même pas, du moins pas spécifiquement, au candidat qu'il sache lire et écrire.
Rien de plus démocratique, en somme, dans un pays où le taux d'analphabétisme frôle les 80%!
Paraphrasant un slogan qui recouvre actuellement les murs de la capitale, pourquoi pas: ‘Analfabèt, kore analfabèt.'
Participation massive assurée le 28 novembre prochain!
Triple pléonasme!...
Rien ne vous empêche en effet de prendre la Constitution au mot... sinon le respect humain, le simple amour propre. Or justement n'est-ce pas le seul amour de soi qui prévaut actuellement, chacun son petit quant-à-soi (excusez le triple pléonasme).
Autrefois il allait de soi que l'électeur de lui-même choisirait, comme dit l'expression, le meilleur d'entre nous.
Eh bien, il se peut qu'aujourd'hui il constate qu'il s'est trompé à chaque fois qu'il pensait avoir fait le bon choix, et qu'au demeurant 'ils' sont tous les mêmes. Alors pourquoi ne pas prendre soi-même la question en main!
Oui, Constitution en main, n'importe qui peut se porter candidat à la présidence d'Haïti. Il suffit au moins d'être né dans ce pays (quoique beaucoup disent aujourd'hui qu'ils auraient choisi une autre adresse s'ils avaient pu), d'avoir l'âge - 35 ans accomplis (et comment le prouver si votre acte de naissance ainsi que les registres d'état civil ont disparu dans le séisme), de n'avoir commis aucun crime (en tout cas de ne pas s'être laissé prendre jusqu'à présent) et d'avoir un bout de terrain (ce qui n'est pas le plus difficile car avec le casse-tête du droit foncier, impossible de dire qui a quoi...).
Le roi est nu...
Voilà. C'est tout! On peut donc continuer à rêver en même temps du développement extraordinaire de la République dominicaine voisine dont les dirigeants ont fait les plus grandes universités dans le nouveau comme dans l'ancien continent.
Hélas, il est vrai que chez nous nos plus grands universitaires réservent leur succès pour des cieux plus cléments selon le proverbe: Nul n'est prophète en son pays!
Et quand bien même un Anténor Firmin n'a pas été porté au pouvoir, cependant son adversaire plus chanceux avait une longue expérience des choses et gens de ce pays, le Général Tonton Nord (Alexis).
Aujourd'hui même pas. Le roi est nu. En l'an post-Goudougoudou*, n'importe qui peut se présenter à la Présidence de la république.
Et il semble qu'on n'ait pas l'intention de s'en priver.
Conclusion: il ne faut pas croire qu'on peut éterniser dans l'extra urgence post-sismique où nous nous sommes installés et se laisser montrer sur tous les écrans grands et petits du monde entier comme un peuple en détresse attendant la manne du ciel, bref un pays de 9 millions et demi de sinistrés... et espérer en même temps avoir un président comme les autres.
Les prochaines élections semblent devoir nous réserver des surprises littéralement sans précédent.
* Surnom donné en Haïti au séisme du 12 janvier 2010.
Haïti en Marche, 24 Juillet 2010