Le président d'Haïti Jovenel Moïse reçu le lundi 27 novembre à Caracas par son homologue Nicolas Maduro Le président d'Haïti Jovenel Moïse reçu le lundi 27 novembre à Caracas par son homologue Nicolas Maduro  

HAITI/COOPERATION


L'aide ne doit pas aliéner l'avenir du pays
MEYER, 3 Décembre – L'équipe au pouvoir vient de surprendre, aussi bien en Haïti que dans la communauté internationale, en annonçant l'offre par Haïti d'un 'soutien financier' de US$250.000 dans les efforts pour réparer les dégâts causés par les derniers ouragans Irma et Maria dans des petits Etats caribéens voisins, principalement Antigua et Barbuda et la Dominique.
Haïti a annoncé cette décision, quoique symbolique, lors d'une conférence organisée par l'ONU et la Caricom (communauté des Etats de la Caraïbe) les 20 et 21 novembre écoulés.
C'est une grande première pour Haïti. Dans tous les sens.
En effet, nous sommes principalement connus comme receveur d'aide. Et non le contraire.
Cela depuis plusieurs décennies.
Même si pendant encore plus longtemps, au moins pendant un siècle et demi d'indépendance nationale, c'est Haïti qui a toujours porté secours.
Et ça nous ne l'apprenons pas assez aux nouvelles générations. Alors que la Chanson de Roland continue d'être enseignée aux petits Français et la Légende d'Arthur aux petits Britanniques.
Même sans remonter jusqu'à la Bataille de Savannah (1779) à laquelle des ressortissants de la colonie de Saint Domingue participèrent aux côtés des troupes de George Washington, ni à l'aide en armes et en hommes fournis à Simon Bolivar, le libérateur de l'Amérique du Sud (1813), Haïti a toujours ouvert les bras aux réfugiés du monde entier : ce sont les 'Acadiens' de Louisiane après la vente de ce territoire par la France aux Etats-Unis, les Noirs libérés aux Etats-Unis après la Guerre de Sécession et qui seront encouragés par Abraham Lincoln à s'établir en Haïti, les 'Levantins' (Libanais et Syriens) arrivés après la partition de leur pays par les ex-puissances coloniales européennes ... Tout comme les Jamaïcains venus participer aux travaux de construction de la Cité de l'Exposition à l'occasion du Bicentenaire de la ville de Port-au-Prince (1950). Etc.


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L'aide ne doit pas aliéner l'avenir du pays
MEYER, 3 Décembre – L'équipe au pouvoir vient de surprendre, aussi bien en Haïti que dans la communauté internationale, en annonçant l'offre par Haïti d'un 'soutien financier' de US$250.000 dans les efforts pour réparer les dégâts causés par les derniers ouragans Irma et Maria dans des petits Etats caribéens voisins, principalement Antigua et Barbuda et la Dominique.
Haïti a annoncé cette décision, quoique symbolique, lors d'une conférence organisée par l'ONU et la Caricom (communauté des Etats de la Caraïbe) les 20 et 21 novembre écoulés.
C'est une grande première pour Haïti. Dans tous les sens.
En effet, nous sommes principalement connus comme receveur d'aide. Et non le contraire.
Cela depuis plusieurs décennies.
Même si pendant encore plus longtemps, au moins pendant un siècle et demi d'indépendance nationale, c'est Haïti qui a toujours porté secours.
Et ça nous ne l'apprenons pas assez aux nouvelles générations. Alors que la Chanson de Roland continue d'être enseignée aux petits Français et la Légende d'Arthur aux petits Britanniques.
Même sans remonter jusqu'à la Bataille de Savannah (1779) à laquelle des ressortissants de la colonie de Saint Domingue participèrent aux côtés des troupes de George Washington, ni à l'aide en armes et en hommes fournis à Simon Bolivar, le libérateur de l'Amérique du Sud (1813), Haïti a toujours ouvert les bras aux réfugiés du monde entier : ce sont les 'Acadiens' de Louisiane après la vente de ce territoire par la France aux Etats-Unis, les Noirs libérés aux Etats-Unis après la Guerre de Sécession et qui seront encouragés par Abraham Lincoln à s'établir en Haïti, les 'Levantins' (Libanais et Syriens) arrivés après la partition de leur pays par les ex-puissances coloniales européennes ... Tout comme les Jamaïcains venus participer aux travaux de construction de la Cité de l'Exposition à l'occasion du Bicentenaire de la ville de Port-au-Prince (1950). Etc.


Et dès qu'une catastrophe naturelle frappait nos voisins dominicains, historiquement nous avons toujours été les premiers à voler à leur secours.
Comme ils le feront aussi à notre endroit après le terrible séisme du 12 janvier 2010.
Cependant notre pays, pour des raisons relevant à la fois de la négligence de nos dirigeants, d'un système à base féodale et d'accaparement des richesses nationales par une minorité – qui cette dernière, plus elle voudrait changer plus c'est la même chose, cela doublé d'un manque d'ouverture sur les progrès de toutes sortes, nous avons plongé jusqu'au fond de l'abîme pour devenir le mendiant du siècle.
Qui pis est, personne ne voit aujourd'hui une chance d'en sortir.
Or c'est indispensable. C'est marche ou crève !
Alors que en 1986 seulement, avec le renversement de la dictature Duvalier, le pays pensait retrouver la foi.
Donc on ne peut pas se contenter des mêmes explications de toujours et force est de reconnaître que nos générations actuelles sont tout aussi responsables.
Bien entendu le geste du gouvernement actuel ne peut pas changer la situation mais il mérite qu'on le relève, ne serait-ce qu'il manifesterait une certaine gêne de la part de nos autorités pour continuer, comme dit le créole à 'pòte bòl ble nou devan pòt lòt pèp lòt kote' (continuer à vivre de la charité du monde extérieur).
En effet, regardez la même semaine le nombre d'annonces défilant dans les micros et dans les journaux du pays pour annoncer tel pays 'ami' ou telle organisation internationale finançant des activités en Haïti. Il n'y a que ça. L'humanitaire ! Le pays qui semble être porté à bout de bras par l'étranger. Qui pis est, aujourd'hui bien peu que cela semble déranger. Pour ne pas dire, qu'on en redemande !
Aussi, de la même façon que la présidence Jovenel Moïse semble sensible à cet état de fait, et du mal que cela fait bien entendu à l'image du pays, elle peut faire encore mieux : éviter autant que possible d'aliéner totalement le futur dans les décisions qu'on peut être obligé à prendre aujourd'hui vis à vis de l'aide et de son besoin qui ne peut être évité.
Nous prenons en exemple le récent voyage du chef de l'Etat au Venezuela.
Le président a annoncé à son retour avoir renégocié des contrats qui avaient été signés sous la présidence précédente (Michel Martelly).
Dès le lendemain, le gouvernement annonçait des investissements publics de 82 millions de dollars dans les domaines clé : agriculture, eau potable et énergie.
Caracas nous a donc encore une fois dépanné. Serait-ce un tant soit peu. Dans la mesure aussi de ses moyens (on va voir pourquoi).
Car nous vous invitons aussi à lire les commentaires dans les pages 'réactions' des journaux vénézuéliens ainsi que sur les réseaux sociaux.
C'est un concert d'insultes à notre égard : 'Haïti ne peut rien nous apporter de bon. Pays le plus pauvre de notre hémisphère, mendiant international' etc.
Parce qu'il faut aussi nous rappeler que le Venezuela traverse lui aussi aujourd'hui l'un des moments les plus difficiles de son Histoire.
La baisse catastrophique des cours du pétrole a jeté le pays de feu Hugo Chavez dans la pire crise économique imaginable. Le Vénézuélien est devenu comme l'Haïtien un migrant qui se retrouve sur toutes les routes de la planète.
Crise économique doublée d'une crise politique tout aussi aigue, l'Amérique de Donald Trump soufflant sur le feu.
Or ce mois de décembre des négociations vont avoir lieu chez nos voisins dominicains entre le gouvernement de Nicolas Maduro et son opposition.
Par conséquent, la conjoncture va de toutes façons changer au Venezuela. Elle doit changer.
Aussi serait-il bon que Haïti comme on dit, apprenne à mieux ménager ses arrières. Et que nous ayons face à la crise vénézuélienne une attitude aussi diplomatique que possible.
Pour citer un exemple concret, le défunt président René Préval, alors que c'est lui qui a signé l'accord Petrocaribe avec Hugo Chavez le jour même de son investiture (14 mai 2006), s'est toujours comporté avec une certaine réserve à cet égard contrairement à l'administration suivante, Michel Martelly – Laurent Lamothe arborant leur chemise rouge lors de leur visite à Caracas.
C'est trop engagé l'image d'un pays à travers les aléas de la politique.
Une attitude plus diplomatique peut vous rendre plus utile. Car au-delà des gouvernants et de leurs relations de part et d'autre, il faut voir pays. Il faut voir l'avenir des peuples.
Et une attitude plus digne aussi. Nous en avons bien besoin.

Haïti en Marche, 3 Décembre 2017

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