HAITI-POLITIQUE

L'opposition en quête d'une alternative oui mais ...
MEYER, 11 Novembre – Selon une agence locale de presse, l'opposition qui organise les manifestations et autres mouvements de protestation a réalisé qu'il est temps de passer à une nouvelle étape et elle se préparerait à annoncer au pays une 'alternative' au pouvoir en place.
Depuis près de trois mois, cette opposition occupe totalement les rues, à la capitale (Port-au-Prince) comme en d'autres grandes villes du pays.
Elle a défié le pouvoir qui ne sait plus à quel saint se vouer. Ni les gaz lacrymogènes utilisés abondamment par les unités spéciales de la Police nationale, ni les arrestations et la détention de plusieurs dizaines de manifestants, ni les tentatives d'interdiction par les plus hautes autorités de l'Etat, rien n'arrête les démonstrations par la branche radicale de l'opposition ...
Il aura fallu que l'un de ses principaux dirigeants (l'ex-candidat aux dernières présidentielles, Moïse Jean-Charles) tombe malade et part se faire soigner dans l'île voisine de Cuba pour que le mouvement marque une halte. Mais tout devrait reprendre sous peu : ce mardi 14 novembre, à l'occasion de la publication officielle du rapport sur le gaspillage qui a été fait des fonds Petrocaribe (une courtoisie du Venezuela de feu le président Hugo Chavez) et le 18 novembre, anniversaire de Vertières, la dernière bataille gagnée en 1803 sur le corps expéditionnaire français, préludant à la déclaration de l'indépendance du pays (1er Janvier 1804).
Mais ceci étant dit, une question court sur toutes les lèvres : où va l'opposition ? Où nous conduit-elle ?
Après avoir réclamé mais vainement la non publication du budget 2017-2018 pour la raison que celui-ci taxe trop lourdement (et injustement) les moins fortunés, l'opposition en question - c'est-à-dire avec à sa tête les plateformes Pitit Desalin-Moïse Jean-Charles et Fanmi Lavalas, cette dernière toujours capable de faire descendre plusieurs dizaines de milliers dans les rues - est passée à la phase 2 : réclamer le départ ni plus ni moins du président élu Jovenel Moïse.
On en est là.
Mais le pays reste sur sa faim. Si jamais l'opposition finissait par l'emporter, que deviendrait le pays ?
De toute évidence, ce serait à nouveau l'effondrement et un vide toujours aussi total parce que l'opposition n'a aucun programme, en tout cas elle n'en a annoncé aucun qui tienne, qui puisse tenir la route. Voire une alternative pour garantir que les choses se passeraient mieux que sous le pouvoir actuel.
Mais selon cette dépêche d'une agence locale (qui n'a cependant été reprise nulle part d'autre), les divers partis et groupes d'opposition auraient tenu un séminaire dans un hôtel de la capitale (qui n'a pas été non plus identifié), suite à quoi elle (l'opposition en question) est en mesure d'annoncer ces prochains jours une alternative au pouvoir en place.
Tant mieux !
Cependant on ne peut s'empêcher d'en garder un fort sentiment d'improvisation.
Et aussi de déjà vu !
N'est-ce pas le plus grand mal dont souffre aussi notre pays.
A côté de l'autoritarisme d'Etat et de la corruption généralisée.
Si rien n'a jamais changé, c'est aussi par absence d'unité d'action et d'une réflexion partagée. A la base.
C'est-à-dire on est si désuni les uns par rapport aux autres qu'il est impossible de se réunir autour d'un projet commun.
Conclusion : on arrive au pouvoir sans un programme qui vaille.
Puis au suivant, idem. ('Menmman, parèyman').
Aujourd'hui comme hier. On profite des faiblesses du pouvoir en place, mais encore une fois c'est mettre la charrue devant les bœufs parce que ce n'est pas quand on a l'impression d'être aux portes du palais qu'on doit chercher à se trouver une alternative, non seulement c'est de la totale improvisation quand ce n'est pas tout simplement du 'pèpè' (vieille harde), mais en principe c'est dans l'autre sens que cela fonctionne : on a un projet commun, puis on se met ensemble en marche, en choisissant bien ses partenaires, pour prendre le pouvoir (au mieux constitutionnellement) et (tenter de) mettre en application ledit projet ou programme commun.
D'où la signification du mot ALTERNATIVE.
Rappelons que dans le système britannique où des élections peuvent être convoquées à tout moment, l'opposition a toujours son alternative fin prête.
Car l'alternative c'est justement le contraire de l'improvisation.
N'est-ce pas ?

Haïti en Marche, 11 Novembre 2017