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Bernard Diederich, Le Tusitala raconte Haïti

C’est le dernier film d’Arnold Antonin présenté lundi soir au public à FOKAL. Salle comble, pas une petite place de libre, au point où le service de sécurité  de FOKAL avait reçu l’ordre de ne plus laisser entrer personne …Finalement les choses ont pu s’arranger et nous avons pu entrer dans l’enceinte où avait lieu la projection..C’est une  petite salle pas conçue pour recevoir tant de monde, en somme une des rares salles de spectacle de cette capitale sans cinema, sans salle de spectacle et quand on construit un cinema avec plusieurs salles de projections,  pour une raison non dévoilée au public, le building reste hermétiqement clos ( nous voulons ici parler du TRIOMPHE, vous l’avez d’ailleurs déjà compris !)Bernard Diederich, le Tusitala raconte Haïti a donc du être projeté dans cette jolie petite salle de FOKALLe Tusitala, en dialecte Maorie signifie LE GRAND CONTEUR…

C’EST CELA EN EFET BERNARD DIEDERICH qui a écrit 24 livres, présentant Somoza au Nicaragua, Truillot de République Dominicaine) , Paul Magloire ( Bon Papa), à ses lecteurs. Mais c’est l’époque des Duvalier qui a particulièrement passionné le journaliste : Papa Doc d’abord dans Papa Doc et les tontons macoutes. “ J’ai toujours su que Duvalier était une sorte de Dr Jekil and Mr Hide confie Diederich, puis Duvalier Fils Baby Doc qui vient d’être publié en Créole.

Ce n’est pas facile de présenter un homme tel que Bernard Diederich , sa vie , son oeuvre, toute son oeuvre en 26 minutes.Et Antonin a voulu tout y mettre. La naissance  de Diederich à Christ Church, une ville de la Nouvelle Zélande connue pour son bon vin,  son enrolement dans l’armée de son pays , puis sur ce bateau qui transportait des marchandises dans le nouveau monde, comme ce chargement de portes et fenêtres pour l’hôtel El Rancho en construction à l’époque On était en 1959 et Diederich était du voyage, faisant partie de l’équipage. Il arrive donc en Haïti , il choisit d’y rester et le bateau repart sans lui.

Antonin veut tout aborder dans le film, même la brève épisode des amours du jeune journaliste avec Anne Bancroft à l’époque de la sortie du film Lydia Bailey… tout comme l’épisode malheureuse de la brouille avec l’écrivain péruvien Mario Vargas llosa qui a plagié le livre de Diederich sur Trujillo glissant au moins trois chapitres  du livre de Diederich dans son propre livre sur Trujillo , La Mort du Bouc . Il m’a tellement plagié raconte Diederich qu’il a même reproduit mes erreurs.

On serait un peu à bout de souffle, essoufflé  en voyant défiler tout ça, toutes ces épisodes de la vie d’un monument en 26 minutes, si il n’y avait la musique, cette musique variant  selon les époques décrites par le réalisateur : Gérald Merceron, Occide Jeanty, Ludovic Lamothe, Justin Elie, le Jazz des Jeunes, Issa el Saieh… C’est comme la respiration du film

Et puis il y a aussi les épisodes avec Ginette, la femme de Diederich qui raconte son homme , la naissance des enfants en Haïti, ou en république dominicaine, ou au Mexique avec ces déménagements successifs qui conduit la famille d’Haïti, en République Dominicaine, au Mexique, à Miami pour finalement retourner en Haïti. C’est comme une note de fraicheur .

Pierre Buteau, le président de la société d’Histoire et de Géographie… est aussi present dans le film. Mais nous regrettons qu’il n’ait pas raconté lui même ce qu’il voulait prouver, au lieu de lire  ces longs passages,  ces extraits des livres de Diederich. Nous avons trouvé cette partie plutôt ennuyeuse. Mais ce n’était pas facile.Arnold a été limité par le tempsC’est un documentaire, pas un long métrage.

A t-il attaint son but? Porter les spectateurs tous ceux qui verront le film à se tourner vers les livres de Bernard Diederich, les lire pour apprendre davantage sur leur pays?

Seule la suite de notre histoire pourra répondre.

Mais Diederich a aussi sa petite idée en tête.

Personne d’autre que lui  en effet n’a su raconter l’histoire avec un grand H,  cette histoire de la résistance haïtienne pour se débarrasser du tyran ayant pour nom Papa Doc. Et Bernard Diederich l’a dit et répété tout au long de sa vie, tout au long de ses livres: “ Je souhaite que l’impunité qui est encore la règle chez nous cesse un jour. “ “Aucune amnistie, ni loi de reconciliation ne devrait protéger les meurtriers et les escadrons de la mort de poursuites judiciaires, dit il dans Le Prix du Sang avant de conclure: Les atrocités impunies ouvrent la voie à de nouvelles violences. “

Et c’est ce Diederich là que je ne vois pas du tout dans le film de Arnold Antonin.

Est-ce que le film tel qu’il est conçu peut donner envie au spectateur d’en savoir plus, d’en savoir davantage sur les crimes des Duvalier ? Sur ceux de Trujillo? Ceux de Somoza ? Ou dans un autre ordre d’idée apprendre comment était la vie à l’époque de Paul Magloire, le Bon Papa de Diederich ?

On ne peut pas tout mettre dans un film, surtout quand il s’agit d’un auteur-journaliste tellement complexe, tellement riche que Diederich …

Mais ce n’était pas le but du réalisateur. De la même façon que Bernard Diederich reconnait qu’il n’écrit pas de fiction et qu’il en laisse le soin à son fils, Arnold Antonin n’a pas voulu trop s’étendre sur l’époque des Duvalier Père et Fils ( je l’ai déjà fait dans d’autres films) a t-il confié à une spectatrice qui l’interrogeait en ce sens. Je voudrais qu’à partir de mon film , aucun historien ne poura désormais se passer des livres de Bernard Diederich et surtout que la jeunesse haïtienne ne pourra plus dire qu’elle ne savait pas. Elle ne savait pas ce qui se passait à Fort Dimanche, elle ne savait pas que des familles entières ont été exterminées dans leur ensemble.

Plus jamais, plus jamais ce déni ne sera possible …et Bernard Diederich a confié à l’assistance que son Papa Doc et les Tontons Macoutes était en train d’être traduit en créole, la langue du peuple haïtien et que ce livre, il compte l’offrir à toutes les bibliothèques du pays … Sa fè 40 ans ke map tann pou pibliye Papa Doc en kreyòl … Liv sa-a map ofri li en kado nan tout lekòl yo, nan tout institutions yo,  pou pèp Ayisyen –an pap janm kapab di ankò mwen pat o kouran. Mwen pat konnen..

Parce que c’est de son histoire dont il s’agit , il doit la connaitre et elle doit être écrite dans sa langue.  

Bernard Diederich, le Tusitala d’Haïti, de Arnold Antonin, un film à voir !

 

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