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LE TRAIN DE VIE DE L'ETAT NE CESSE D'AUGMENTER

À quand la régulation du train de vie de l’État ?

02 octobre 2017, 10:26  catégorie: Actualité5 241 vue(s)  A+ / A- 

 

 La loi de finances 2017-2018 est entrée officiellement en application le dimanche 1e octobre. Mais entre les promesses et la réalité, de la parole aux actes, le fossé est grand.

Depuis l’accession de Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti, il n’a pas cessé de promettre aux citoyensdu pays une réduction du train de vie de l’État dans l’idée de combattre la corruption et d’améliorer les conditions de vie de la population. Pourtant, au grand étonnement de la population qui attendait réellement ce changement, on assiste plutôt à l’augmentation des crédits alloués au secteur politique, notamment le budget de la présidence qui est passé de 1 204 571 170 de gourdes à 1 613 170 854 milliards de gourdes, celui du Parlement de 3 911 686 455 à 7 198 967 642 de gourdes, ainsi que celui de la primature qui est passé de 1 824 688 094 à 2 003 094 853 de gourdes.

Le gouvernement s’était montré tellement conscient de la nécessité de rationaliser les dépenses de l’État, qu’en avril 2017 il a fait sortir un arrêté expliquant un ensemble de décisions qui devaient être prises dans le cadre de la réduction du train de vie de l’État. Création d’un parc de gestion d’automobile de l’État, les formalités d’achats et d’utilisation des véhicules de l’État, contrôle et entretien des véhicules de l’État, gestion des immatriculations, gestion des équipements professionnels, commandes publiques, achats publics et autres dépenses de fonctionnement sont, entre autres, les points que le gouvernement avait promis d’améliorer pour une gestion efficace des biens de l’État.

Les secteurs qui utilisent beaucoup plus les fonds des contribuables avaient été ciblés, dont le Corps diplomatique, le Cabinet du Président, du Premier ministre, des ministres, des secrétaires d’État et des directeurs généraux. Et pour donner l’impression qu’il allait y avoir vraiment d’amélioration, une cellule de doléances dénommée Observatoire des services publics (OSP) rattachée directement au cabinet du président de la République a été créée. Dans le cadre de sa mission, l’OSP est chargé de recueillir les plaintes de toute personne et de mener des investigations préliminaires sur les cas rapportés de gestion douteuse, d’inefficacité, de corruption ou d’abus de tout membre du service public. Le cas échéant, les autorités habilitées à enquêter sur les faits rapportés et à poursuivre leurs auteurs pourront être saisies par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC)

Les initiateurs avaient mentionné dans l’arrêté que l’application de ces mesures doit nécessairement passer par le renforcement du corps des comptables publics et la généralisation des postes comptables, le recours systématique au système de prix de référence pour tous les achats et commandes publics, la généralisation du système des commandes et achats groupés, l’exigence du dossier d’analyse avantages-coûts dans la documentation pour chaque projet devant faire l’objet de marché public, le rajeunissement de la fonction publique, le respect scrupuleux du principe de recrutement sur concours de tout nouveau fonctionnaire, l’exigence de compétences vérifiées en matière de maîtrise des normes et principes de gestion pour tous les fonctionnaires et responsables de la gestion publique.

Cependant, cinq mois après la publication de cet arrêté, le gouvernement n’est toujours pas en mesure de prouver l’effectivité de ces mesures qui visent à réduire le train de vie de l’État. Où se trouve le parc d’automobile de l’État qui a été promis par le gouvernement ? Quel changement a été opéré au sein de l’administration publique et du corps diplomatique qui pourrait pousser la population à accorder le bénéfice du doute à ce gouvernement ? Au contraire, le personnel pléthorique des cabinets ministériels, le nombre surprenant des porte-paroles du président et les largesses consenties au Parlement sont des indicateurs qui prouvent que le train de vie de l’État a plutôt augmenté pendant les huit mois de gestion de l’administration Moïse/Lafontant. Est-ce qu’il y aura une plainte déposée auprès de l’OSP ? Il faut encore attendre.

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