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Haïti : violentes manifestations Mais quelle violence est la plus violente ?


Le célèbre leader du groupe haïtien de musique « RAM», Richard Morse (que l’on voitsur la photo avec sa femme Lunise), vient de prendre position sur ces manifestations qui secouent Haïti, à la suite de l’adoption d’un budget impopulaire. Certaines personnes n’acceptent que les manifestations « pacifiques ». Richard Morse leur répond (je traduis son texte qui est en anglais, car il répond à des Américains ; j’ai abrégé son texte qui est très long) :
« J’ai du mal à accepter le concept d’une manifestation pacifique. Si des milliers de gens prennent la rue pour protester, il y a certainement quelque chose qui a mal tourné. Je suppose que la principale cause des protestations, ce sont des décisions économiques, sociales ou politiques injustes.
Ma question : est-ce qu’une politique économique injuste est assimilable à de la violence ?
Lorsque les Etats-Unis ont commencé à envahir l’économie haïtienne avec leur riz et leur sucre, était-ce de la guerre économique ? De la violence ? Est-ce que les petits fermiers haïtiens étaient représentés aux réunions d’import/export, ou bien les rencontres n’étaient-elles pas entre les élites économiques haïtiennes et les politiciens véreux qui allaient bénéficier de la nouvelle politique ? (…) 
Cinq mille personnes qui risquent tout en prenant la rue pour demander un changement, est-ce que c’est de la violence ? Ils prennent le risque de se faire tuer, de se faire gazer, battre, arrêter, blâmer pour la violence ? N’y a-t-il pas mieux à faire que d’aller manifester ? Pourquoi sont-ils là ?
Qu’arrive-t-il quand la police disperse une foule de cinq mille personnes avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc ? Est-ce que c’est de la violence ? Sommes-nous en guerre ? Haïti est-elle en guerre avec elle-même ? Quand la guerre a-t-elle commencé ? Est-ce qu’elle a commencé quand quelques personnes se sont réunies pour décider d’envahir le pays avec leurs importations, quand le parlement s’est octroyé une augmentation, ou est-ce que la guerre a commencé quand les cinq mille personnes ont pris la rue ? (…)
Après des années de
- politique économique injuste,
- manque de justice électorale,
- disparition des fonds d’assistance,
- fermiers haïtiens forcés d’abandonner leurs terres et leurs biens pour devenir des ouvriers d’usines aux salaires de misère..
… Après des années d’abus, le peuple haïtien prend à nouveau la rue. Le peuple le plus pauvre de l’hémisphère, sous les griffes d’une élite économique monopolistique qui refuse de considérer les besoins des autres, essaie de son mieux de rectifier une mauvaise situation.
De quel côté est Washington ? De quel côté êtes-vous ?

La non violence, ça n’existe pas.
Il y a des niveaux de violence, des manifestations de violence, des réactions à la violence, mais de la non violence ? Pas possible.
De la justice ? Peut-être. Nous ne savons pas encore.

Bien vôtre cordialement et non-violemment. »
Richard Morse
Mon commentaire : l’évangile est non-violent. Rappelez-vous la remarque de Jésus à Pierre quand il essaie de le défendre avec son épée. Mais Jésus est parfois acculé à la violence, par exemple quand il chasse les commerçants autour du temple. Croyez-vous que les colons français auraient libérés leurs esclaves si ceux-ci ne s’étaient pas révoltés ? Devant la violence, on devrait réagir comme un médecin qui ausculte un patient : quelle est la cause de la maladie ? Quel est le remède qui la guérit ? Or, la violence actuelle a sa racine dans un système économique dirigé par des multinationales, des banquiers et des traders sans pitié dont le Dieu est l’argent. Ils en veulent toujours plus, à n’importe quel prix. C’est ce système capitaliste qui cause ces injustices. Certains ont voulu le remplacer, en Russie et en Chine. Ils n’ont produit que des goulags. Je pense que ce siècle verra peut-être l’émergence de systèmes politiques et économiques centrés sur les intérêts du peuple, et non pas du groupe infime qui possède et dirige presque tout. Mais ce système n’existe pas encore. D’où les résistances. Néanmoins, je pense qu’il ne faut surtout pas se résigner.
(Photo faite par Nadia Todres)
Père Jean-Yves Urfié